Disparition de Claude Coutard



Trialiste dans l’âme, vice-champion de France aux temps des pionniers, organisateur des Vieilles Tiges mais aussi père de Charles et grand-père d’Arthur, Claude Coutard s’en est allé le 13 juillet. Hommage à une légende de la moto tout-terrain française…

C’est avec tristesse que nous apprenons la disparition de Claude Coutard à 89 ans. Moto Verte s’associe à la famille dans ce moment difficile et à tous ceux qui comme lui ont fait du trial une véritable passion à vie. Nous souhaitions pour l’occasion vous faire partager ce texte paru dans un de nos hors-série Trial, daté de 2010. On y avait rencontré Claude bien sûr, mais aussi Charles et Arthur, ses fils et petit-fils tous deux entrés dans la légende de ce sport que Claude avait contribué à rendre populaire dès les années 50.

Claude en 2010 en compagnie de son fils Charles et de son petit-fils Arthur. © JM Pouget

Ça commence mal. Imaginez donc, pour ses 82 balais Claude Coutard s’est résolu à annuler ce qui aurait pu être le 31e Trial des Vieilles Tiges. Il râle dans sa moustache, dénonce le manque de motivation, la fatigue un peu. Et puis passe en mode souvenirs : « C’est bien de s’arrêter à trente éditions. C’est un beau chiffre. On a eu de belles années. » Les Vieilles Tiges, la plus ancienne épreuve d’anciennes en France. Une idée géniale qui a conquis tout un public de nostalgiques qui pensent que « c’était mieux avant ». En tous cas plus drôle, plus simple et plus convivial. Une idée parmi tant d’autres réalisée avec passion par Claude, avec un coup de main de son fiston Charles et le p’tit dernier de la saga, Arthur. « Je suis né en 1984 », explique le jeunot. « J’ai toujours connu les Vieilles Tiges. » Cette année, il n’aura pas de regrets Arthur. A l’heure où les anciennes auraient dû pétarader dans les bois d’Aurel, il sera en démo à Marrakech. En train de tenter son record du monde de saut en longueur avec une moto de trial. « J’espère passer la barre des 30 mètres et au-delà. » Alors que papy se faisait un principe de garder les roues au sol, que papa ne décrochait jamais un pied lors de ses 10 titres de champion de France, Arthur –lui- lévite à plus de 6 mètres du sol. En Seat Grab, en Whip ou en Indian Air. Mais toujours sur une machine de trial, filiation oblige. Et originalité en sus : « Je me démarque de tous les autres freestylers », explique le plus jeune des Coutard. « On n’est qu’une poignée à rouler sur des trials dans le monde alors que la plupart roulent sur des cross. C’est mon petit plus. Et puis je suis né sur une trial grâce à mes parents ». Casquette de travers et look tatoué, Arthur n’en oublie pas moins ceux qui l’ont amené là : « Je dois beaucoup à mon père et mon grand-père. »

Révélation à Saint-Cucufa

Faut dire que côté sagesse avec un grain de folie, Charles a de quoi offrir à son fils. Au niveau réussite aussi. 10 titres français en trial disions-nous plus haut, mais aussi un beau palmarès en MX et en enduro (dont une médaille d’argent aux 6 Jours 73). Un as de la gâchette Charles, quel que soit le guidon. « Mais le trial c’est l’école du pilotage moto », aime-t-il répéter. D’ailleurs, on le regarde rouler sur une Bultaco bleue. Un rocher, un arbre, il n’en faut pas plus pour que M. Propre s’encanaille pendant des heures. L’élégance faite pilote, le style à son paroxysme. Il enroule comme personne, donne des gaz juste ce qu’il faut pour passer la marche, se faufile entre bois et rocher sans poser un seul pied. Jamais. A le voir gommer le relief avec une telle aisance, on comprend mieux ses critiques sur le trial actuel, militant d’un trial plus naturel : « Je reviens des 4 Jours d’Aveyron. En S2, mon niveau actuel, impossible de se faire plaisir. C’est serré, il faut déplacer sans cesse et se jeter dans des passages dangereux. » Et pour une très rare fois, Charles a jeté l’éponge le dernier jour alors qu’il se battait dans le top 10. Pas parce qu’il a 48 ans. Mais parce que « trop, c’est trop. On ne prend plus de plaisir à faire ça. » Claude embraye : « Je le répète depuis longtemps, le trial est devenu du cirque ! » Lui qui a connu les prémices du trial français un jour de 1951 dans la forêt de Saint-Cucufa en région parisienne a forcément un avis tranché sur la question. « Je regardais ces pilotes très calmes qui s’arrêtaient et allaient reconnaître un franchissement à pied avant de le tenter avec leur moto. Ça m’a immédiatement passionné. » Et le voilà rongeant son frein jusqu’en 1958 et l’achat de sa première machine, une Hoffman allemande de 120 kg. Une fois la bête préparée, il s’engage au trial de St Cucufa long de 60 km et devient accro. Vice-champion national en 59, sept ans après la naissance de Charles. Plus tard, débarquant à Montbéliard pour son activité professionnelle, il sera l’un des piliers du fameux Grand Trial organisé par Claude Peugeot. « L’interzone faisait 120 km et il y avait 42 zones ! » Une autre époque, celle des années 60 qui vit démarrer son fils sur un 50 Peugeot bricolé. Un bitza bizarre avec une couronne de 80 dents qui permit à Charles de remporter officieusement le trial de Nemours en catégorie National. Le début d’une longue carrière où Charles allait enchaîner les titres français et européens, quelques victoires en GP aussi jusqu’à l’orée des années 80.

Claude et sa légendaire Greeves. Il zonait encore gentiment à 80 ans passés… © JM Pouget

OTB, UCPA et BMZ

Pendant ce temps, Claude quitte son emploi d’éducateur spécialisé et fonde son premier magasin rue Dunoir à Lyon. « De 71 à 81, j’ai vendu beaucoup de Bultaco. Jusqu’à 300 par an certaines saisons », se souvient papy Claude. Une autre époque effectivement où son fiston faisait la Une de Moto Verte plus souvent qu’à son tour. Pilote talentueux que ses adversaires désignèrent comme « le plus élégant » d’entre eux. C’était l’époque de la Sherpa, « une véritable révolution », dira Claude. Une moto qui succédait si bien aux lourds quatre-temps anglais, voire à la célébrissime Greeves 2T dont ne se sépare jamais Claude. « Celle-ci m’a été offerte par Charles il y a plus de trente ans et depuis je ne roule qu’avec elle. » Et le voilà donnant un coup de jarret sur le kick de l’anglaise bricolé par ses soins. Le gros 2T ronfle et Claude s’élance sur une marchounette moussue. Moustache au vent, casquette de tweed vissée sur la tête et le barbour négligemment entrouvert. Comme ses idoles des années 50, ces Anglais à l’attitude aristocrate qui fendaient les boggs de Fort William lors du Scottish. Comme ce papy affublé du n°10 qu’un certain Yann Renauld a immortalisé dans les colonnes de MV n°103 en 1982 sous la signature OTB. Un dessin célèbre où le héros s’interroge sur la pression de ses pneus avant de passer un tronc de 20 cm. L’original trône encore dans le bureau de Claude avec une repro où les légendes ont été modifiées afin de célébrer le trial des Vieilles Tiges. Claude tiendra 10 ans dans son bouclard avant de vendre son bien et acquérir le fabuleux domaine de Rochepaule après un passage au Chambon-sur-Lignon. 350 hectares de bois et de rochers en haute Ardèche. L’un des premiers centres tout-terrain français qui accueillera des stagiaires par centaines (milliers ?) que ce soit avec le comité d’entreprise de l’EDF, l’UCPA ou encore le centre Camel Trophy pour les 4×4. On y pratique tous les trials possibles (moto, quad, 4×4) et les Vieilles Tiges jusqu’en 2005. Cette année-là, Claude se rapproche de Lyon et cède son affaire à Bertrand Tatu. L’âge aidant, il se contente d’organiser SA course annuelle jusqu’à la trentième et ultime, l’an passé.

Après sa fabuleuse carrière, Charles emboîte les pas de son père et ouvre une concession à Lyon puis à Vienne entre 85 et 2005. Un job prenant où il est obligé de s’éloigner de sa passion pour coller au marché. Tout en restant partant pour de bons coups de guidons le week-end venu. « Mais vendre des motos n’était plus vraiment passionnant », précise le multiple champion de France. Celui qui défiait Vesterinen, le père Lampkin ou encore un certain Christian Rayer dans ses belles années, préfère jeter l’éponge et revendre son affaire. Aujourd’hui il passe encore ses journées dans un bouclard. Mais ce n’est plus le sien. A l’atelier BMZ, Charles se charge de prendre les commandes, discuter vis de 12, allumage de Bultaco, gicleur de 32 ou guidon d’origine Ossa avant de mettre tout ça en boîte, direction La Poste (voir p.xxx dans ce même numéro). Et ça lui va bien comme ça.

Tricks et trac

Et Arthur, là-dedans ? Arthur, comme on l’a dit, est enfant de la balle. Entre champion et artiste. Il utilise tout ce qu’il a appris du savoir-faire paternel pour le transformer en numéro de haute-voltige. Fini les commissaires de zones, bonjour au jury qui note les tricks. « Cette année, je vais rouler sur le championnat de France FMX », raconte Arthurus. « L’an dernier j’ai fini 2e d’un contest amateur. J’ai toujours dit que j’avais ma place au milieu des machines de cross. J’espère bien le prouver ». Et comme l’exige sa discipline, place à l’image. « Je tourne une suite à Around Trial, mon premier DVD qui s’est plutôt bien vendu. Et je vais faire des tentatives de records du monde. » Ce ne sera pas la première fois qu’un Coutard fait dans le record. Charles avait établi le sien en grimpant les marches de la Tour Eiffel en compagnie de Jean-Pierre Goy en 1983. Sur JCM… « Je roule sur une Montesa », confie Arthur. « C’est la seule trial qui résiste aux sauts de plus de 20 mètres ! Les autres s’étirent, même en préparant le cadre. » Faut dire qu’Arthur est aussi le premier trialiste à avoir réussi le backflip sur terre. C’était à Bercy en 2005 pour un contest mémorable à plus d’un titre. « J’ai prouvé que l’on pouvait faire de gros tricks en trial contrairement à ce que prétendent certains. » Mais aussi se faire très mal en se bousillant les ligaments d’un genou. Une blessure qui le laissera sur le carreau de longs mois. Avant de rebondir vers d’autres objectifs, d’autres démos, plus significatives pour lui que les contests avec jury. Car contrairement à son père, Arthur ne s’est jamais senti bien en compétition. Du mal à gérer la pression, le trac. Peut-être aussi un poids sur les épaules un peu trop lourd à porter. Un patronyme qui l’empêchera de briller dans sa jeunesse en trial. « Dès que mon père me regarde, je perds tous mes moyens », confie-t-il. « Et puis il me faisait toujours rouler dans une catégorie supérieure à la mienne. Du coup, je n’ai pas un gros palmarès. » Alors quand son pote Patrice Thibaud lui fait découvrir son spot de freeride au début des années 2000, Arthur se découvre une autre passion, un autre état d’esprit. Jusqu’à ses exploits du moment et ceux à venir.

Ce jour-là, la Montesa n’est pas prête, Arthur se contente de « rider » –gentiment- sur la Beta Evo de papa. Juste pour une photo souvenir bientôt imprimée dans Moto Verte en compagnie de papy et de Charles. Short baggy contre Barbour contre collant années 80-90. A les voir rouler tous les trois ensemble, on se dit que la boucle est bouclée. Pour l’instant. Quoi qu’il en soit, elle reste inégalée dans l’histoire de notre sport.

JM Pouget

Salut Claude… © JM Pouget

 

Claude digest

Né le 11 mai 1928

Marié, deux enfants

Créateur du panier Coutard

Créateur du trial des Vieilles Tiges

Créateur de l’école de trial de Rochepaule (07).

Vice-champion de France National en 1959

Vice-champion de France Inter en 1968

Plusieurs victoires en side-car trial

Ecrire un commentaire