L’après-carrière, vous la voyez comment ?
Yves : Après mon dernier titre mondial en 2007, on m’a proposé des choses tout de suite. J’avais l’intention de faire encore un peu de moto pour le plaisir. Durant l’hiver, j’ai encadré Arnaud Demeester pour préparer le Touquet. J’étais déjà dans un cadre de management et tout s’est fait progressivement et rapidement. C’est arrivé plus vite que prévu. J’ai eu l’impression de ne pas m’être arrêté et ce que je fais aujourd’hui est la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Je prends du plaisir et c’est ce que je souhaitais quand je roulais. Grâce à mon expérience et à toutes les erreurs que j’ai commises, je sais ce qu’il faut faire et pas faire pour réussir.
David : J’aime le cross, mais ça fait 25 ans que j’y suis. J’ai des propositions pour être manager US, mais je ne suis pas prêt à voyager pour retourner sur les circuits. J’ai pas arrêté depuis 96. Les seules vacances ont été lors des blessures. Aux US t’arrêtes jamais. Quatre jours après la dernière de l’outdoor, c’est reparti pour le testing en SX. Neuf saisons US, la saison de GP éprouvante que je viens de terminer, j’en ai plein les bottes et j’ai envie de rien faire. En plus, pas mal de choses me tombent sur la tête d’un coup. Je me suis séparé de ma femme en juillet. J’ai fait mon dernier GP le 13 septembre avec ma fin de carrière à la clé. Il faut que je gère tout ça, que je pense à une reconversion. Mon ex-femme est américaine, elle ne va pas vivre toute sa vie en France. J’ai une maison à 10 000 kilomètres, deux minots au milieu de tout ça…
Et plus vieux vous vous voyez comment ?
Yves : J’ai bientôt quarante berges. J’ai encore vingt ans à bosser et après c’est fini. Tu ne t’imagines pas plus vieux. Ma drogue c’est le sport. J’ai donné beaucoup à la course, mais je ne peux pas vivre éternellement de ça. Mon but est aujourd’hui de profiter de la vie. Donner du temps à ma fille et à ma femme. Partir en vrai voyage. La deuxième partie de vie, ça va être ça.
David : Moi c’est pareil, j’ai envie de profiter de mes enfants. Ils ont cinq et six ans et en faisant trente courses par an, je ne les ai pas vu beaucoup. Et puis plus vieux, je parlerai des Nations 2001, des US… On fera les vieux. On parlera de ce qu’on a fait et pas fait… des erreurs… on va répéter ça pendant 20 ans à nos petits enfants…Ils demanderont c’est quoi ce trophée ? On sera vieux-jeu et nos enfants ne voudront plus qu’on viennent les chercher à l’école. On sera comme tout le monde quoi. Il faut le savoir et continuer à avoir des loisirs et à profiter de la vie.
Yves : C’est vrai qu’on n’a pas profité de la vie. On a voyagé mais on a vu que les aéroports, les hôtels, les voitures de loc’ et les circuits. C’est une vie difficile. Les gens ne regardent que l’argent qu’on a gagné.
David : Eh oui. Ça fait 9 ans que je suis avec ma femme et on est parti une semaine en vacances aux Bahamas, c’est tout. A 18 ans, je ne suis jamais sorti. J’ai pris ma première cuite à 26 ans. Il y a plein de trucs qu’on n’a pas vécus. Je suis allé en boîte à 22 ans. J’allais au cinéma à Berre-l’Etang. A 10 h 30, le film était fini. Si j’étais pas chez moi à 11 h 45, mon père venait me chercher. Un jour, j’ai eu le malheur d’aller boire un Coca en terrasse avec deux de mes cousins, il m’a fracassé. Il n’y a pas beaucoup de bons moments dans une carrière et ils ne suffisent pas à compenser les mauvais. J’ai gagné beaucoup d’argent en allant aux US, mais j’ai dit à mon père récemment que si je revenais en 92/93, je ne referais pas ce que j’ai fait. J’essayerais d’avoir du succès dans une vie professionnelle, d’être libre les week-ends pour profiter de ma famille. Là, je me réveille à 32 ans avec un bon compte en banque, mais je n’ai fait que de la moto.
Yves : J’ai eu des bons moments, mais niveau famille c’est compliqué. Ça fait plus de vingt ans que je suis avec ma femme. On est parti trois fois en vacances. On manque de rien. J’ai une belle maison, une belle voiture, je suis bien payé…mais on n’a pas une vie normale. On s’en aperçois pas quand on est dans le truc. Je me rend compte aujourd’hui de ce qu’est vraiment la vie. Sortir, manger ce que tu veux, se coucher tard, boire des coups…
David: En revanche, on a connu l’adrénaline de la course comme peu d’autres personnes sur terre.
Yves : Mais avec du recul, il n’y a pas mieux qu’une vie normale.
David : Une bonne situation, un boulot normal, ça n’a pas de prix.
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