Article extrait du Moto Verte Magazine n°413 paru en septembre 2008
Le système de protection des cervicales de type « Leatt Brace » et autres sont devenus en quelques mois des produits incontournables. Qui ne s'est pas posé la question de savoir s'il devait investir dans ce type d’équipement ? Mais derrière cet enthousiasme légitime pour la protection des pilotes, une certaine confusion et des questions importantes persistent. De quoi protège t-il vraiment ? L'efficacité de ce type de produit est-elle prouvée ? Pourquoi ne le rend t-on pas obligatoire en compétition ? Mv a cherché les réponses…
Développé au départ pour équiper les pilotes de rallye particulièrement exposé à ce genre de traumatisme, le système Leatt Brace de protection des cervicales a trouvé un coup de projecteur incroyable à travers le message choc de David Bailey. Une prise de conscience qui touche les pilotes pros et amateurs américains, et rapidement l'Europe. Les ventes explosent et des statistiques impressionnantes sont relevées comme lors de l'épreuve du Minivert du 7 juillet 2008 où plus de la moitié des jeunes pilotes portait ce type de protection. Plébiscité par la presse spécialisée, cité en exemple par des quotidiens nationaux comme la "Voix du Nord" après l'accident de Jason Denys (NDR : un thème à nouveau aboordé aujourd'hui suite au tragique décès de Timoteï Potisek), le système de protection Leatt Brace et produist similaires sont au cœur du débat sur la sécurité et la protection du pilote en moto. Au point de toucher la corde sensible de nombreux pratiquants ou parents de pratiquants. Résultat : pas moins de 120 000 unités vendues (NDR : chiffres arrêtés à septembre 2008) en moins de deux ans et une situation de quasi monopole ! Tant mieux, c'est la sécurité qui y gagne. Pour autant des questions fondamentales subsistent : Quelle est l'efficacité prouvée de ce type de produit ? Pourquoi le port de protections de la zone cervicale ne devient t-il pas obligatoires en compétition ? De quoi le système Leatt protège t-il exactement ? Quel enjeu économique se cache derrière cela ? De quoi mener l'enquête en interrogeant en premier lieu son créateur, le docteur Chris Leatt, et le président du Comité Médicale de la FFM, de l'UEM, membre du Collège Médical International de la FIM, Reinhard Kraenzler, également médecin. Puis, en consultant de multiples spécialistes médicaux, acteurs du marché, concepteurs, manufacturiers, utilisateurs, pilotes pro, concurrents, distributeurs. Le tout pour analyser au mieux ce succès dont l'enjeu dépasse la simple analyse économique. Voici les secrets du Leatt Brace…
Qui est le docteur Chris Leatt ? Ancien compétiteur en Superbike et enduriste et crossman à ses heures, Chris Leatt est un médecin Sud'Africain de quarante ans. Après avoir exercé plusieurs années en tant que médecin sur les courses pour le compte de la fédé locale, Leatt s'est mis en tête dès 2003 de trouver une solution de protection de la zone cervicale après avoir assisté au décès d'un concurrent lors d'un enduro. Après un an et demi de recherche documentaire, les premiers prototypes sont réalisés par Chris Leatt. Encouragé par des amis et des personnes influentes du milieu comme Heinz Kinigadner, ils décident de stopper sa spécialisation en neurochirurgie pour fonder sa société Leatt Corporation aux Etats-Unis après avoir soulever des fonds en bourse. Seul le département recherche et développement est resté baser en Afrique du Sud du côté de CapTown où réside toujours le Dc. Leatt. "
Comment fonctionne le Leatt Brace ? Contrairement aux autres protections cervicales souples, le Leatt Brace est un élément rigide constitué de fibre de carbone et nylon armé de fibre de verre recouvert d'une mousse à absorption de choc. L'ensemble pèse 790 grammes et constitue un collier qui prend appui sur le buste. Selon le Dc. Leatt himself, il est indispensable de porter le Leatt Brace a même la peau ou sur un maillot et non pas par dessus une protection dorsale ou du buste. Essentiel car cela réduit le pouvoir d'absorption du système. Il s'adapte avec tous les casques. En "action" et notamment lors des chutes sévères par l'avant (coup de raquette violent sur une saignée en rallye, réception trop courte en MX, chute dans le sable) la fonction du Leatt Brace est de limiter la course des mouvements extrêmes de la tête en servant de butée aux rebords inférieurs du casque et ainsi diffuser plus largement les forces au-delà du rachis cervicale.
Quels traumatismes le Leatt Brace est-il censé éviter ? Le principe de base qui a guidé les travaux du Dr Chris Leatt a été de développer puis distribuer un système qui permet de réduire l'incidence des deux principales sources de blessures cervicales, l'hyperflexion, quand la tête est projetée trop en avant et l'hyperextension, quand la tête est projetée trop en arrière. A moindre niveau, les blessures de type hyperflexion latérale (mouvement extrême sur le côté), la compression axiale de la zone cervicale (compression de la colonne vertébrale due à une force exercée sur le casque), l'hypertranslation postérieure (mouvement brusque de la tête sur la nuque) et enfin le fracture de la clavicule par le casque sont également amoindrit par la présence du système Leatt. Toujours selon le Dc Chris Leatt, l'autre aspect fonctionnel de sa protection est de servir d'amoindrir les forces exercées sur le cerveau dans les cas d'accélération et de décélération brutale des mouvements de tête. Point important, il faut bien comprendre que cette protection est valable uniquement pour la zone cervicale et donc les blessures au rachis cervical. Ce sont indéniablement les plus sérieuses (les nerfs des membres supérieures se situent à son niveau et des lésions graves de cette zone entraîne une tétraplégie), mais heureusement les plus rares en moto TT. Contrairement au lésions du rachis lombaire (d'où résulte la paralysie malheureusement bien plus courante notamment en MX) qui n'offre pas la même souplesse "naturelle". En clair, le système Leatt Brace ne limite pas - de par sa conception - les risques de paralysie, mais uniquement les risques de tétraplégie, plus graves, mais sommes toutes beaucoup plus marginaux.
Quels résultats le Dc. Leatt revendique ? Pour les modèles actuels, le médecin Sud-Africain annonce une réduction de 30 % des forces exercées sur le rachis cervicale. Un chiffre confirmé par lui-même au téléphone, mais qui ne veut pas dire pour autant une réduction de 30 % de la gravité des lésions. Pour autant, on ne retrouve pas une telle affirmation de ce résultat global dans le rapport interne édité par BMW Motorrad. Il y a bien des résultats de tests très précis par rapport à des contraintes particulières, mais pas de pourcentage de réduction global aussi clairement annoncé… Pour le Dc. Leatt, l'avenir est porteur d'espoir car les remontées d'informations sur des accidents survenus avec et sans système Leatt Brace constitue la base d'une recherche continuelle. Il n'hésite pas à parler pour les années à venir d'une réduction effective des forces de 50 % sur le cou qui permettrait d'éliminer 75 % des cas de ces blessures types. C'est en tout cas son objectif à moyens termes.
Sur quelles études le Dc. Chris Leatt a t-il réalisé le Leatt Brace ? Les siennes ! Et pour cause, aucune étude spécifique n'avait été menée de façon aussi poussé sur la prévention des lésions irréversibles du rachis cervical. Chris Leatt, s'il a commencé à réfléchir par lui-même aux grandes lignes de développement de son produit a développé ensuite une collaboration avec trois facultés de médecine Sud Africaine et travaillé conjointement avec des neurologues, des orthopédistes et des rhumatologues (spécialistes du squelette) pour établir les principes de vbase de son système et réaliser ses premiers prototypes. Le Dc. Leatt a également établi une formule mathématique innovante visant à corriger et préciser la formule d'évaluation des critères de blessure du cou dite de "Nij" et ce dès 2005.
Quels tests ont été faits suite à ces études ? Les tests et évaluations de l'efficacité supposée du système Leatt ont été menés avec le soutien et l'engagement de BMW Motorrad au centre de recherche sur la sécurité active de la marque à Munich. Un investissement important consenti par le constructeur allemand Le groupe de travail a ainsi défini des techniques innovantes de reproduction de chute type sur des mannequins de crash test et établit de nouveaux standards dans un domaine où rien n'existait auparavant.
Quelle est la valeur de ces tests ? La crédibilité des résultats fournis suite aux différents tests effectués dans les laboratoires de BMW Motorrad ne peut être que difficilement remis en cause selon l'ensemble des interlocuteurs que nous avons joints. À ce titre, précisons que BMW nous a directement fait parvenir une copie du rapport interne suite aux test menés. Une transparence et une rigueur de la part des équipes du constructeur Bavarois qui a eu largement contribué à la crédibilité et au succès du Leatt Brace. Pour autant, faute de travaux scientifiques médicaux, il est difficile d'en tirer des conclusions irréfutables.
Par King Jule - Photos Berbessou et archives
La suite de ces questions/réponses dans la 2e partie de l'enquête...
