Les fractures du fémur



Le fémur, c’est l’os de la cuisse et c’est le plus gros de l’organisme (si !), ce qui ne le met pas à l’abri d’une fracture…

L’os est un « tissu » qui est vascularisé et qui se reconstruit en se remodelant. Quand un os casse, il saigne. Pour le fémur, ça peut atteindre un demi à un litre de sang. L’hématome qui se crée participera à la consolidation de l’os !
Un peu d’anatomie !
Dans un os long on distingue :
– La diaphyse. C’est la partie longue tubulaire qui est rigide (os cortical) et qui transmet les contraintes.
– Les extrémités. Les parties renflées plus épaisses, dites épiphyses, qui amortissent les contraintes (os spongieux) et surtout s’articulent avec l’os sus ou sous-jacent pour former l’articulation (pour le fémur hanche en haut, genou en bas).

Les fractures

Il y a deux types de fracture :
– Les fractures des extrémités. Ce sont les fractures articulaires du genou et de la hanche (la fameuse fracture du col du fémur par exemple). En moto, il s’agit essentiellement de traumatologie routière (choc direct à très haute énergie contre véhicule, glissière, etc.).
– Les fractures de la diaphyse. Les plus fréquentes en enduro. Généralement, il s’agit d’un choc direct sur la cuisse ou d’un mécanisme de flexion ou d’extension (par exemple après une chute, la moto que l’on réceptionne sur la cuisse !). Le traumatisme est violent.

En Pratique, après le « volume, la mite, le carton », bref la chute…

On note une douleur violente, une impotence totale de tout le membre inférieur.
Les AMIS arrivent
1) Ils immobilisent le membre, posent une perfusion (ça peut saigner dedans) et passent des calmants.
2) Ils recherchent des complications immédiates :
– ouverture cutanée au niveau de la fracture (si le foyer de fracture communique avec l’extérieur, c’est une fracture ouverte). Plus embêtant par la suite, rapport à l’infection.
– paralysie du pied ou défaut de vascularisation par atteinte d’un nerf ou d’un vaisseau due à la compression ou l’étirement par la fracture (d’où l’immobilisation du membre).
– autres lésions associées (abdomen, thorax, etc.)
3) Ils évacuent vers l’hôpital.

Le traitement

1) La traction-suspension est posée en attente du bilan et du jour de l’opération qui n’est pas forcément réalisée en urgence. Ce sont des poids (6 à 8 kg) qui tractent le membre inférieur, le stabilisant et l’immobilisant.

2) Les opérations. Une fracture du fémur, ça ne se plâtre pas, sauf chez le petit enfant.

a) L’enclouage du fémur. Essentiellement réservé aux fractures diaphysaires. Il s’agit d une broche (dite clou) introduite au niveau de la hanche au centre de l’os, dans la moelle osseuse dont la longueur est celle de la diaphyse soit 35 à 45 cm. Ce clou ponte la fracture. Il ne cherche pas à tout remettre en place. Il faut et il suffit qu’il contrôle la longueur, l’axe et la rotation du membre. Il privilégie le périoste (membrane autour de l’os qui fabrique de l’os), la vascularisation des différents fragments osseux permettant la constitution d’un gros cal osseux bien solide englobant les différents fragments. Il est bloqué en haut et en bas par deux vis que l’on enlève parfois
au troisième ou quatrième mois pour libérer les contraintes verticales sur l’os autour du clou et parfaire ainsi sa consolidation.
En pratique, pour un enclouage simple du fémur :
– Hospitalisation une semaine ou plus.
– Reprise d’appui progressive sur un mois à quarante-cinq jours.
– Kinésithérapie pour récupérer la mobilité de la hanche, du genou et les muscles de la cuisse qui sont atrophiés et « collent » au cal osseux.
– Solidité théorique pour reprise du sport : trois mois, parfois moins, souvent plus !

b) L’ostéosynthèse par plaques et vis. Essentiellement réservée aux fractures articulaires des extrémités (genoux, hanche). Il s’agit de plaques associées à des vis qui cherchent à reconstituer l’extrémité du fémur la plus proche possible de l’anatomie ! Le but étant d’éviter les déformations du genou ou de la hanche sources de douleurs raideurs et arthrose post-traumatique. Le chirurgien, pour reconstruire, va « ouvrir » sur la fracture, ce qui facilitera moins la consolidation que précédemment et malheureusement peut favoriser l’infection de l’os.
La consolidation est plus longue que pour un enclouage à foyer fermé. Par ailleurs, en même temps que la fracture consolide, il faut mobiliser l’articulation atteinte pour éviter son ankylose.
En pratique, pour une ostéosynthèse par plaque du fémur (généralement pour fracture articulaire) :
– Hospitalisation dix à quinze jours, généralement suivie d’un centre de rééducation.
– Reprise d’appui progressive plus tardive, à partir du troisième mois.
– Solidité et mobilité suffisante pour reprise du sport, environ six mois, voire plus.

c) Les fractures ouvertes mettent en communication la fracture avec l’extérieur (terre, goudron, tôle, etc.), ce qui implique un risque d’infection de l’os – mais heureusement toutes les fractures ouvertes ne s’infectent pas forcément ! – ce sont des urgences à traiter rapidement (nettoyage, stabilisation de la fracture, antibiothérapie). Si malgré tout l’os s’infecte… ce sera pour un autre article.

Docteur Latune, Chirurgien Orthopédiste
www.amis.asso.fr

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