Interview : Dimitri Rolando



Le championnat US retourne à l’Ouest ce week-end, et il n’y a qu’un français engagé en catégorie 250. Il s’agit de Dimitri Rolando, un jeune pilote qui tente sa chance aux USA et joue la qualif’. Vous l’avez vu sur les motos de Ryan Dungey et de Justin Hill pour Moto Verte et si la trajectoire du jeune Dimitri Rolando vous interpelle, cette interview devrait répondre à toutes vos questions !

Tu as commencé la moto assez tard paraît-il. Est-ce une légende ou une réalité ?

En fait j’ai commencé à rouler à 5-6 ans comme presque tout le monde, sur un PW. Mais j’avais peur et j’ai vite arrêté. J’ai repris à 9 ans, pendant 3 mois, le temps de faire un soleil dans mon jardin ! Je me suis alors dit que la moto ce n’était décidément pas fait pour moi ! J’ai ensuite roulé sporadiquement à l’adolescence. Ce n’est qu’à 17 et demi que je m’y suis consacré exclusivement.

Commencer à presque 18 ans, c’est tard. Quel était ton objectif ?

J’ai demandé à mes parents de pouvoir consacrer 3 ans de ma vie à la moto pour voir ce que ça pouvait donner. Je faisais la ligue de Provence B, je n’arrivais pas à me qualifier en championnat Junior. En 2010 j’ai commandé une video à Raph Sauze pour essayer d’attirer quelques sponsors et pouvoir continuer. En 2011, je me suis blessé et j’ai faillit arrêter pour reprendre un boulot normal. Mais Jean Savoca m’a rassuré sur l’état de mon genou et c’est à ce moment que j’ai rencontré Yannig Kervella.

Un breton et un sudiste, ça a dû faire des étincelles, non ?

On peut aussi dire que les contraires s’attirent (rires). En 2012, je suis parti pour 18 mois aux US. Je vivais chez Yannig, qui m’a accueilli dans sa famille. Il m’a fait gagner en technique de pilotage, bien entendu, mais aussi en maturité. Je me sentais chez moi là-bas et le retour en France a été très dur !

Pourquoi être rentré alors ?

Mon visa arrivait à expiration, donc je suis rentré en France avec l’idée de reproduire ici le business des terrains de cross tels qu’ils existent en Californie : Ouverture 7j/7, piste refaite 2 fois par jour, bref, le rêve qu’on vit au quotidien aux US. J’ai fait un stage pour apprendre à conduire des engins de terrassement. Suite à ce stage, on m’a proposé un CDI. J’ai sauté sur l’occasion et j’ai bossé sur les chantiers pendant 2 ans. Je roulais après ma journée de travail, c’était dur. C’est alors que mon père m’a poussé à revenir aux US pour aller jusqu’au bout de la démarche.

 Fin 2015, tu reviens pour participer au championnat SX côte Ouest 2016. Le contraste a dû être saisissant…

 Se retrouver dans un stade de SX pour la première fois c’est un truc de fou. Tu ne peux pas t’empêcher de repenser à tout le chemin parcouru depuis les champs de bosses de ton enfance. Mon meilleur ami me disait toujours d’arrêter de rêver et de venir faire du SX sur la PlayStation. Et d’un coup, tu te retrouves à Anaheim 1, dans le tunnel. Ça semble surréaliste, tu te demandes ce que tu fais là. Et puis tu te dis que tu t’es donné les moyens de faire en vrai ce que les autres font en jeu vidéo.

Après 2 saisons, la magie opère toujours ?

Ça reste magique, bien sûr ! C’est grand, c’est beau, les organisateurs font un travail de fou. La différence c’est qu’après deux saisons, on s’habitue à rouler, on passe certains enchaînements dès le premier tour. Les obstacles comme le gros double d’arrivée sont identique d’un stade à l’autre, donc on les passe de suite. On sent que la pièce maîtresse, c’est l’experience.

Te sens-tu faire partie de cette élite du SX, ou te sens-tu toujours comme une pièce rapportée ?

Quand je me qualifie pour la soirée, ce qui n’est pas toujours le cas, je me dit que je fais partie des 40 pilotes les plus rapides de la côte ouest. Même s’il y a des pilotes plus rapides ailleurs, à l’Est ou en Europe, ils ne sont pas là ce soir là, donc je fais partie de ce groupe, de cette élite. C’est assez sympa comme idée, mais bon, faut relativiser.

 As-tu du soutien de la part des fans français, ou au contraire subis-tu des critiques ou de la jalousie ?

 Je ne roule pas pour la gloire. On cherche à avoir un minimum de reconnaissance de manière à donner une bonne image aux sponsors, aux gens qui nous font confiance, mais c’est tout. Je suis également content de montrer l’importance et la valeur du travail de l’entraîneur qui m’a emmené à ce niveau. Aux USA, tout le monde est content pour toi, on t’encourage. Il n’y a pas de jalousie. Juliana Daniell, la Miss Supercross, encourage tous les pilotes sur la ligne de départ, quel que soit leur numéro. C’est une attitude positive propre aux US. Concernant les français, c’est un peu différent. Disons que la critique est facile, surtout sur internet. Peut-être que les fans français qui pensent du bien de ma démarche et respectent mes efforts ne sont pas ceux qui s’expriment le plus mais j’ai quand même de bons retours. C’est plaisant quand cela vient de personnes reconnues dans le milieu.

Pour arriver à rouler en soirée sur un Supercross US, quelle est la clé ?

La base, c’est définitivement de trouver le bon entraîneur, celui qui va te faire évoluer mentalement et physiquement. Avec Yannig, j’ai trouvé quelqu’un qui t’observe, te comprend et te fais évoluer en profondeur. Tu réalises que tout est possible. La seule limite c’est celle que l’on se donne ! 

Le matériel est-il important ?

Pendant 2 ans et demi j’ai roulé avec de pièces ProCircuit sur une Kawasaki KX-F 250 de 2014. J’ai de bonnes relations chez PC, mais je suis un client normal là-bas. Je n’avais pas une moto neuve mais elle marchait suffisamment. Les pilotes US ont souvent du matériel ultra performant qui aide un peu quand même… La 2014 étant arrivée au bout du rouleau, j’ai eu un bon deal sur une KX-F 2017. Pour la première fois depuis trois ans j’ai commencé la saison avec une moto neuve. Ça fait du bien au moral !

Justement, tu as essayé les motos usine de Ryan Dungey et Justin Hill. Comment as-tu vécu ces essais ?

 Ça a été deux journées de rêve. C’est à la fois un privilège incroyable et en même temps une reconnaissance de mon travail. C’est donc un peu une fierté de se retrouver sur ces terrains privés, même si avec la pression tu as parfois du mal à savourer l’instant. Essayer la moto de Justin Hill, c’est essayer la bécane que tu avais en poster dans ta chambre, tu ne peux pas rêver mieux. Une fois que tu as essayé ces motos, tu comprends que ces pilotes évoluent dans un autre monde, Mais tu ne peux pas t’empêcher de les envier un peu de pouvoir rouler tous les jours sur des bijoux pareils !

Entrer dans un petit team est-il possible aujourd’hui ?

 Ce serait un accomplissement. Avant le début de saison 2017, j’ai été en contact avec TM qui voulait venir aux US. Malheureusement, la moto n’avait pas encore été homologuée par l’AMA. Après un mauvais début de saison, je me suis qualifié plusieurs fois pour le programme de nuit. La force du championnat américain est son niveau élevé dès le mid-pack. Je roule aux alentours de la 30e place sur 50, mais du premier au dernier il n’y a que 2 secondes. Pour faire la différence, il faut donc lutter coude à coude avec des gars qui ont quasiment tous la même vitesse. Et comme ce sont des pilotes américains, ils ne lâchent rien ! C’est difficile de sortir du paquet. Mon objectif est d’arriver à me détendre, à ne plus me poser de questions pour aller enfin en finale. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire !

Penses-tu que ton exemple puisse inciter d’autres pilotes français à tenter l’expérience ?

Mon exemple peut servir de déclencheur à d’autres pilotes, leur faire comprendre que s’ils le veulent vraiment, ils peuvent le faire aussi. Mais ça reste difficile et c’est pour cela que peu se lançent dans l’aventure. Il faudrait que les pilotes du SX Français essaient de venir plus nombreux. Le problème du budget est réel, mais trois mois de SX aux US ne reviennent pas plus cher qu’une saison SX en France. C’est plus court, mais on progresse plus et c’est une expérience qui n’est pas comparable. Cela ne doit pas donner l’impression que je dénigre le SX tour ! Il faut reconnaitre l’investissement important de Jean-Luc et Thierry Fouchet , Cedric Lucas et la FFM sur le Territoire français ainsi que les autres personnes organisant des épreuves et voulant tirer le supercross français vers le haut. Mais les conditions ne sont pas comparables. Ici; aux États Unis, à moins d’une heure de chez moi, j’ai 5 circuits de cross et autant de circuits de SX. C’est un environnement unique au monde. La Californie, c’est la perfection pour le cross ! D’ailleurs, quand j’ai publié ma vidéo en 2011, il y a eu pas mal de messages disant « Merci, ça nous encourage ». Donc oui, je pense que mon exemple peut servir à d’autres.

En parlant d’argent, comment te débrouilles-tu pour financer ton séjour ?

Honnêtement, je dois beaucoup à ma famille. Ils se privent pour que je réussisse. Il y a aussi beaucoup de chefs d’entreprises françaises passionnés qui aiment ce que je fais et m’aident à financer mes saisons. On peut parler de RXR, qui m’a certainement sauvé la vie plusieurs fois, Aerodiffusion ou MecanicSport. Ensuite, il y a des marques dans le milieu de la moto qui fournissent des équipements ou de la logistique, de 100% à Thor en passant par Get, Alpinestars, ProCircuit. Certains concessionnaires et artisans locaux me donnent un coup e pouce, comme Temecula Motorsports, ECC et Piston Bones. Enfin, je bénéficie aussi de l’aide de Champfactory, l’école de pilotage de Yannig et Adrien. J’ai donc un budget qui est bouclé en début d’année et je me débrouille avec pour payer le logement, l’entraîneur, les déplacements, les pièces, la voiture d’occase, l’essence, les 200 dollars d’engagement à chaque course… J’arrive à m’autofinancer et c’est déjà beau !

Après deux ans aux USA, apprécies-tu toujours ton cadre de vie Californien ?

J’adore ! Tu ressens ici une facilité pour faire les choses. Les gens sont pour moi d’une gentillesse incroyable. Ils sont polis, souriants, accessibles. La mentalité est vraiment top, les gens s’entraident. A Santa Clara, mon pot ne passait pas au sonomètre. Un pilote que je ne connaissais pas m’a prêté un pot pour la soirée…

Comment vois-tu ton futur ?

J’aimerai bien devenir coach. J’ai envie de faire profiter d’autres personnes de mon expérience avec Yannig Kervella, qui est pour moi un des meilleurs entraîneurs du monde . J’aimerai aider les pilotes à venir ici aux US, les aider à progresser. J’ai vécu cette progression depuis 4 ans et il y a des structures aux US qui m’ont déjà fait des propositions pour travailler avec eux. Mais pour l’instant, je suis retourné à l’université en temps partiel pour améliorer mon anglais et suivre un cursus américain en business.  

Quels conseils donnerais-tu dans l’immédiat à un jeune pilote voulant se lancer dans l’aventure US ?

Pour attaquer le SX, il faut commencer par apprendre correctement la technique ! Pour l’anecdote, durant les 18 mois passés en 2012/2013 chez Yannig, il ne m’a jamais laissé mettre un crampon sur une piste de SX ! Il faut attendre d’être prêt, et pour cela, il faut avoir un oeil extérieur. Rouler seul ne sert à rien, on risque seulement de répéter à l’infini les mauvais gestes. Si l’entraîneur ne peut pas se déplacer, on peut toujours lui envoyer des videos avec l’iPhone. Ensuite, une fois les enchainements passés, je dirai que les points clés sont les whoops mais aussi et surtout les virages. Les whoops sont effrayants ici, mais au bout d’un moment on s’y fait. Il y a parfois des gros enchainements, mais l’essentiel restent les virages. C’est la vitesse en courbe qui permet de garder plus de vitesse partout.

 

Dimitri Rolando en bref :

Né le 02 juin 1990 à Marseille

Vit à : Corona , Californie

Situation : en couple

Sponsors : Champ Factory, RXR, 100%, Piston Bones , Mecanic Sport, Aerodiffusion, Pro Circuit, Alpinestars, Get

Moto actuelle : 250 KX-F 2017

4 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Bien courageux et ambitieux mais faudrait revoir les chronos y a bien plus que 2 sec entre le 1 er et le dernier l écart de niveau entre le top 5 et le reste est enorme

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  2. En 4 tours en série, les premiers prennent un tour aux derniers, alors c’est faux de dire que le niveau est serré. Il est bon dans le top 10 mais parfois après, c’est un gouffre !!!

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