Story : Yamaha 50 PW

Yamaha 50 PW


Bientôt 40 ans, une belle tranche de vie et une carrière incroyable pour une moto. Quasiment un cas d’école. Et c’est le plus petit de la bande qui s’y colle : le PW 50 ! Tout ce qu’il y a de plus simple, modeste, humble… et pourtant, incontournable pour toute une génération de pilotes !

Par Claude de La Chapelle. Photos archives

Si pour certains, le début des années 80 rime avec la disparition de John Lennon, Steve McQueen, Alfred Hitchcock ou Jean-Paul Sartre, d’autres célèbrent l’élection de François Mitterrand ou celle de Marguerite Yourcenar, première femme à intégrer l’Académie française … À chacun son paradis. Chez Yamaha, 1980 marque le 25e anniversaire de l’entreprise qui se porte comme un charme, filant droit vers un chiffre de production enviable : 20 millions d’unités (atteint en 1982). Au-delà du nombre, Yamaha ne se contente pas de produire, c’est une entreprise qui innove et élargit le spectre de l’utilisation de la moto. En 1968, avec la DT-1, Yamaha lance un genre nouveau : le trail bike ! Plus qu’une machine, un état d’esprit, une manière de voyager sans frontière. Sans comparaison mais avec cette même capacité à viser dans le mille, Yamaha entend mettre le pied à l’étrier à toute une génération de kids, via une machine d’une simplicité enfantine : la PW 50.

Pas besoin d’avoir fait de longues études de marketing pour savoir qu’un kid aura envie de grandir avec la marque de ses débuts, surtout si les parents lui ont offert le blouson, le bonnet, le parapluie et les équipements à la gloire de ladite marque (KTM par exemple l’a bien compris !). Faire débuter dès 4 ans (ou à partir d’un mètre de haut) un kid sur une machine de tout-terrain, véritable copie de moto de cross, voilà bien l’ambition de la PW 50. A ce stade cependant, les « obligations » sont nombreuses : offrir un maximum de sécurité, tant au niveau de la machine que de son utilisation, une fiabilité exemplaire, un entretien réduit à sa plus simple expression, nombreux parents étant aussi novices que leurs chérubins de pilotes, être le plus discret possible afin d’optimiser l’utilisation (sale temps pour les taupes et la pelouse quand le Pee Wee entre en action !), et enfin, permettre une « évolution » du « pilotage » dans l’approche éducative liée à cette mini-moto. Car le PW est bel et bien une machine d’initiation : positions au moment du freinage, appuis sur les repose-pieds, virages à plat, relevés, l’art et la manière d’aborder une bosse, une table… sont autant de rudiments du pilotage qu’il permet d’acquérir.

Ce qui peut paraître simple sur le papier ne l’est pas forcément au niveau de la production, d’autant que le prix de vente est une épée de Damoclès suspendue au-dessus du casque des ingénieurs. De quoi calmer les ardeurs des cerveaux trop imaginatifs ! Lors de son arrivée sur le marché, le PW valait un peu moins de 2 800 Francs (hé oui, c’était l’autre siècle, avant que ce satané Euro ne fasse flamber les prix !) ce qui fait, pour nos plus jeunes lecteurs, moins de 430 euros ! Pour l’anecdote et à titre de comparaison, la YZ 50 valait environ 4 200 Francs, un peu moins de 640 euros. Et toujours au niveau de l’anecdote, notez que l’arrivée du PW 50 coïncide avec celle de la YZ 125 LC, autrement dit la première 125 à refroidissement liquide de la marque. Une machine qui fera date et qui valait 10 000 Francs (1 526 euros) avec son kit pièces ! Un autre temps je vous dis… Aujourd’hui, pour faire main basse sur le PW 50, il faut quasiment dépenser 4 fois plus qu’à l’origine, soit 1 599 euros. À qui profite le crime s’interrogerait le colonel Moutarde ? On vous laisse cogiter là-dessus… D’autant qu’en deux décennies, chez Yamaha, ils ne se sont pas trop pris le chou côté évolutions techniques. Entre le PW millésime 1980 et son descendant estampillé 2010, c’est kif-kif bourricot. Nos plus fidèles (et donc anciens) lecteurs se souviendront peut-être que l’arrivée du PW correspond aussi aux débuts du Mini-Verts (orthographe d’époque SVP !) devenu le championnat de référence que l’on connaît. Et c’est sur un Pee Wee qu’un certain Mickaël Pichon (voir plus bas) fit, avec brio ses débuts en Mini-Verts où il décrocha d’emblée le titre sur cette petite Yamaha.

Le premier Yamaha PW 50
Le premier Yamaha PW 50

Un rêve accessible dès 4 ans

Avec le déferlement depuis une dizaine d’années des mini-motos chinoises dont la qualité, bien que s’améliorant, n’est pas toujours satisfaisante (on a vu débarquer sur le marché il y a 5 ans une réplique baptisée « 50 PY » vendue 690 euros neuve…), on aurait tendance à mettre toutes les « petites » dans le même sac. Erreur, et la PW 50 le prouve. Ici, tout est pensé pour que la sécurité soit au rendez-vous : faible hauteur de selle (485 mm grâce à ses roues de 10 pouces) et centre de gravité bas dû au moteur suspendu, transmission par cardan pour éviter de se mettre les paluches dans la chaîne, flasques en plastique empêchant de se coincer pieds ou mains dans les roues, poignée de gaz dotée d’une vis de réglage pour « programmer » la montée en régime et « doser » la puissance (2,7 chevaux à 5 500 tr/min, pas de quoi mettre la cabane sur le toit) nécessaire au roulage, leviers de frein type vélo, à droite et à gauche du guidon pour que les kids ne soient pas dépaysés et ne perdent pas l’équilibre en s’arrêtant, passage soigné du pot d’échappement (très discret pour ne pas effrayer les minots, les voisins et le chien) pour éviter les brûlures lors d’une chute. Difficile de faire mieux. Le moteur 2-temps alimenté par un carbu de 12 est accouplé à un embrayage centrifuge à bain d’huile pour ne pas se prendre la tête avec le passage des vitesses, source de stress chez les kids (et même certains moins kids…). Et pour que papa ne se prenne pas non plus la tête avec le mélange, le système Autolube (graissage séparé Yamaha) permet de mettre le SP 95 dans le réservoir de 2 litres sans avoir à secouer le jerrican comme un malade pour mélanger l’huile à l’essence. Le réservoir d’huile placé derrière la plaque frontale, hyper facile d’accès contient 0,35 litre. Pour faire simple, le plein du réservoir permettra de rouler toute une après-midi (pas des manches de GP, on est bien d’accord, hein !) et il vous faudra remettre de l’huile toutes les 4 sorties environ.

Le geste le plus simple pour acquérir un Pee Wee est de pousser la porte de l’un des 280 concessionnaires Yamaha de l’Hexagone et de lui faire un chèque de 1 999 euros. Autre solution, dénicher le 50 Yamaha d’occasion. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Il faut dire qu’à ce jour, il s’en est vendu près de 45 000 exemplaires, rien qu’en France ! Pour l’anecdote, c’est entre 1983 et 1993 que le PW fut diffusé en plus grand nombre, au rythme annuel de 2 300 unités en moyenne. Entre 1994 et 2002, il s’en est vendu encore environ 1 200 exemplaires chaque année avant que les chiffres ne chutent en 2005 (572 unités) et ne s’écroule en 2006 (267), 2007 (245), 2008 (262), 2009 (210)… Eric de Seynes, le président de Yamaha Motor France, s’en explique. « Il y a un marché d’environ 15 000 PW d’occasion qui tourne, sachant que les gens les conserve en moyenne 3 ans. Ce réservoir cannibalise de ce fait les ventes du neuf. Et ces PW 50 sont souvent en bon état puisqu’ils n’affichent jamais beaucoup de kilomètres, la vocation première du PW étant l’initiation. »

Pour vous permettre d’y voir plus clair sur le marché du PW d’occasion, nous avons même tâté le (tout) terrain en surfant sur leboncoin. On a ainsi, parmi des dizaines d’autres, dégoté un exemplaire de 1984, moteur refait par un concessionnaire (demandez les factures) à 450 euros ! Pas cher, idéal pour initier votre gamin en prenant le risque que ça ne lui plaise pas. Plus cher, 900 euros pour une première main (vendue en concession donc garantie sans problème) ou encore, 950 euros pour un millésime 2004 n’ayant roulé que deux fois ! Proche du neuf, pour un modèle récent, on en trouve à 1 100 euros.

Pee Wee ne fait malheureusement plus recette…

Alain Ramel se positionne en véritable défenseur du poids plume Yamaha. « Il faut sauver le Pee Wee ! » martèle ce concessionnaire (depuis 34 ans, il a connu les débuts du PW, livré par caisses de 3) qui s’exaspère de ne pas être entendu lorsqu’il annonce le manque d’intérêt du PW chez Yamaha. Il faut dire qu’avec 210 exemplaires vendus en 2009, le pauvre Pee Wee a du souci à se faire. « C’est la machine parfaite pour initier nos jeunes, pour les lancer sur 2 roues, elle fait réellement rêver les kids et n’a jamais eu de véritables concurrentes pas plus chez Honda avec le QR, plus lourd et moins beau, que Suzuki avec le JR qui ne valait pas grand-chose. Mais Yamaha la vend aujourd’hui trop cher. Elle n’a pas changé depuis 27 ans et ne devrait pas dépasser les 1 000 euros ! Et à ce tarif, elle aura encore des concurrents chinois (ndr : voir le catalogue YCF) qui proposent des machines à vitesses avec fourche inversée, freins à disque… Et c’est sans doute cette crainte de ne pouvoir affronter à armes égales les Chinois qui a poussé KTM à abandonner sa Mini-Adventure, seule concurrente réelle (en plus sophistiquée, plus chère) du PW pour se concentrer sur des machines « ready to race » comme la 50 SX.

Mickaël Pichon : premier titre sur un Pee Wee !

C’est pour son Noël, à 5 ans et demi que Mickaël Pichon découvre un Pee Wee au pied du sapin. Sous les conseils avisés d’un papa pilote, Micka découvre le b-a ba du pilotage, le fait de rouler debout, les appuis… et l’année de ses 7 ans, au moment où son père arrête la course, débute en Minivert. Dans le Mercedes 407 que tout pilote se devait de posséder, le clan Pichon parcourt la France pour le plaisir de voir rouler Micka sur la dizaine d’épreuves du Trophée. À cette époque, la course à l’armement qui sévit actuellement en Minivert n’existait pas. Un seul Pee Wee pour la saison, tant pour l’entraînement que la compétition et roule ma poule ! « Mickaël lui a mené la vie dure à ce Pee Wee, d’autant qu’à 7 ans, il était déjà costaud, mais on n’a jamais rien cassé, pas même le cadre. Ce Pee Wee, c’était un truc en béton, il n’y avait pas plus fiable » se souvient Alain Pichon. Et en papa connaisseur, Alain avait préparé la bête : amortisseur de Mobylette, fabrication de rallonges de fourche, moteur poli comme un sou neuf pour délivrer toute sa puissance, échappement raccourci, suppression du réservoir d’huile pour utiliser un mélange de meilleure qualité (avec de l’huile Castrol, pour info)… chez les Pichon, même si l’on est là pour s’amuser, faut que ça roule fort et que ça gagne et c’est grâce à cette approche très « pro » que Micka a construit la carrière que l’on sait ! Gagner, c’est ce que fit Micka, champion dès sa première saison en 50 automatique petites roues face aux Italjet, LEM, Malaguti… À cette époque, petites roues et grandes roues roulaient dans la même catégorie regroupant une vingtaine de pilotes et un classement distinct était effectué à l’issue des manches. Pour sa deuxième saison en 50, mais sur des grandes roues, Alain Pichon bricolera une bitza à base de moteur de DT 50 glissé dans un cadre de 60 YZ (et ça rentrait nickel comme papa dans maman)… qui mènera également Micka sur le podium. Pour autant, l’histoire d’amour entre la famille Pichon et le Pee Wee ne fut pas terminée puisque c’est le fils de Mickaël, Zachary, à 6 ans et demi, qui recevra un PW flambant neuf pour découvrir les joies de l’off-road. Et c’est sa petite sœur Lili Rose qui se charge aujourd’hui de le conduire !

 

 

FICHE TECHNIQUE

MOTEUR

Type : Monocylindre 2 temps, admission par clapets

Refroidissement : par air

Cylindrée : 49 cm3

Alésage x course : 40 x 39,2 mm

Taux de compression : 6 : 1

Puissance maxi : 2 kW (2,7 ch) à 5 500 tr/mn

Couple maxi : 3, 8 Nm (0,39 kg-m) à 4 500 tr/mn

Lubrification : Graissage séparé (Yamaha Autolube)

Carburateur : Mikuni VM 12

Embrayage : Centrifuge automatique à bain d’huile

Allumage : CDI

Mise en route : Kick

Transmission : Automatique

Transmission finale : Cardan

Rapport primaire : 63/33 (1,909)

Rapport secondaire : 19/15 x 54/11 (6,218)

Capacité du réservoir d’essence : 2 litres

Capacité du réservoir d’huile : 0,35 litre

 

PARTIE-CYCLE

Cadre : châssis tubulaire en acier (moteur suspendu)

Suspension avant : fourche télescopique.

Débattement : 60 mm

Suspension arrière : Moteur oscillant.

Débattement : 50 mm

Frein avant : Tambour

Frein Arrière : Tambour

Pneu avant : 2,50-10 4PR

Pneu arrière : 2,50-10 4 PR

 

DIMENSIONS ET PRIX

Longueur hors tout : 1 245 mm

Largeur hors tout : 575 mm

Hauteur hors tout : 715 mm

Hauteur de selle : 485 mm

Empattement : 855 mm

Garde au sol : 105 mm

Angle de chasse : 25,5°

Poids : 39 kg

Prix : 1 999 €

Yamaha 50 PW
PW50 PW 50 USA CAN 2018

6 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Belle article pour une magnifique création de Yamaha.
    Il manque juste la version side-car (que j’ai utilisé pour mes enfants !).
    Quand au prix il n’y a rien de choquant :
    prix en 1980 = 2800 Francs et SMIC = 2500 francs
    prix en 2017 = 1600€ et SMIC = 1480 €
    Rien n’a changé, ne cherchons pas le complot partout …

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  2. C est vrai qu elle n a pas changee mais il suffit de les voir tourner pour avoir le sourire: ca marche!
    Pour nous ycf a ete une grosse deception: achetee neuve elle n a jamais demarree! On passait plys de temps au varage qu au terrain!
    La petite suzuki DRZ 70 a ete une reconcialiation avec la machine: elle a toujours demarree au quart de tour…. ycf 1200 € neuve revendu 700…. DRZ 70 achetee 1300 et revendu…. 1300….
    Et mon cils fumait toutes les 50 honda et yam car il avait 20cc de plus pour la meme taille.
    Papas de tout bords: n acbetez pas YCF…
    (Maintenant il est en husky 50 2017…. et whaou…. 10 kW pour 41 kg…. 😉

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  3. Article sympathique sauf le petit dénigrement pour le Honda qr qui possède exactement les mêmes caractéristiques techniques que vous donnez pour le pw, et qui affiche un poids a sec de 35 kg donc pas vraiment plus lourd….

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  4. Bjr j ai en ma possession les deux modèles que je refais à neuf les pièces pour le QR sont bcp plus cher que le pw mais de très belles motos je garderai la pw pour mon dernier

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  5. Merci pour cette évocation historique d’un « jouet » devenu culte.

    Un voyage dans le temps fort sympathique pour les « anciens » comme moi qui ont vu ce fameux PEE WEE rouler sur les pistes de ma région ou déambuler dans les paddocks aux quatre coins de l’hexagone, depuis ses débuts…

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