Carlqvist, le gladiateur des GP 500…



Hakan Carlqvist est mort… C’était le gladiateur de la 500 qui ne manquait pourtant pas de gros bras au début des années 80. Mais Hakan Carlqvist reste comme la référence absolue de ces seigneurs de la catégorie reine de l’époque, une force de la nature, aimé du public et respecté de ses adversaires.

Le premier week-end d’août de l’année 1988, le motocross belge est en émoi. L’un de ses fils prodiges, le petit Eric Geboers, est sur le point de devenir champion du monde de la catégorie 500 cm3 et s’apprête à boucler un triptyque historique après deux titres mondiaux en 125 (en 1982 et en 1983) et un titre mondial en 250 (en 1987). Les banderoles « Mr 875 » (125 + 250 + 500) ont été préparées dans la fièvre et l’exaltation par des supporters au bord de l’hystérie. Car l’avance de Geboers est telle qu’il va être titré avant la finale, et ce couronnement ô combien attendu doit se faire sur le mythique circuit de Namur, tracé au cœur de la Citadelle dominant la Meuse et la cité wallonne. Le jour J, le temps est de la partie : un soleil généreux arrose l’esplanade et assure un bronzage « agricole » aux très nombreux spectateurs présents aux abords de la zone de départ et d’arrivée. Les autres se pressent tout au long de la piste et le plus souvent à l’abri des frondaisons bienveillantes de ce site classé au Patrimoine majeur de Wallonie. Les files d’attente s’allongent devant les camions de frites, de hamburgers et de bière. Personne n’a voulu rater cette journée mémorable.

 

Une bière et ça repart !

Vingt ans plus tard, les souvenirs de ce dimanche d’août restent forts. Eric Geboers est bel et bien devenu champion du monde devant son public, s’offrant un bain de foule digne d’une rock-star, soulevé en triomphe par son public. Mais cette consécration éclipsa ce qu’aujourd’hui, avec le recul, on peut sans conteste considérer comme l’un des exploits les plus retentissants et les plus étonnants de l’Histoire du motocross mondial. Ce fut, sur le plan sportif, comme un télescopage de deux événements historiques. Car ce jour-là, Hakan Carlqvist qui disputait sa dernière saison signa un doublé magistral, à la façon de l’immense Roger De Coster qui, huit ans plus tôt, pour sa dernière course, avait gagné les deux manches d’un Grand Prix du Luxembourg électrique où le duel entre André Malherbe (finalement couronné) et Brad Lackey avait atteint une intensité dramatique rarement vue depuis. Carlqvist, quant à lui, brûlait en 88 ses derniers feux au sein de son propre team privé au guidon d’une Kawasaki, assagi après toutes ces années de luttes, de fureur et de blessures, apaisé et heureux de boucler une carrière dont il pouvait être fier. À Namur, sur ce circuit délicat serpentant entre les arbres, exigeant une précision et une technique de pilotage chirurgicale, le colosse suédois qui n’en était plus à un paradoxe près s’imposa donc dans les deux manches, intouchable, seul en piste, seul au monde, comme en démonstration. Surpris de constater avec quelle facilité il avait déposé tous ses adversaires en première manche, il avait décidé de mettre au point un gag avec l’un de ses frères pour la deuxième manche, un truc auquel lui seul pouvait avoir pensé. Et c’est ainsi qu’à la stupéfaction des spectateurs présents au Chalet du Monument (un café situé tout en bas du circuit), Carlqvist, qui gérait avec une sérénité impressionnante une nouvelle avance de quelque quarante secondes, s’arrêta à l’endroit où l’attendait le frérot pour… vider une chope de bière puis repartir sans plus de cérémonie, signant de cette façon rabelaisienne ses adieux au public et au sport qui l’avait fait roi. Génial, ce geste est resté dans les annales… Il venait conclure un parcours – pas toujours rectiligne mais pour le moins atypique – d’une quinzaine d’années de motocross dont les deux sommets furent ses titres de champion du monde 250 (en 1979) et 500 (en 1983), Everest sportifs d’un homme dont on dira sobrement qu’il était aussi dur avec lui-même qu’avec son entourage, animé d’une rage de vaincre parfois démesurée, ses colères en cas de déception atteignant une intensité telle que tout le monde (femme, mécano, amis ou sponsors) préférait déguerpir en attendant qu’elles se tassent… C’est dire le tempérament du bonhomme…

 

Débuts à… 17 ans !

Né le 15 janvier 1954 à Järfälla dans la banlieue de Stockholm, en Suède, Hakan est le troisième d’une fratrie de quatre enfants, venant après deux frères aînés et avant une sœur cadette. Le petit Hakan supportant très vite assez mal de rester enfermé entre quatre murs à l’école finit par abréger son parcours scolaire à l’âge de quinze ans, devant pour cela justifier d’un emploi régulier (dans l’entreprise de son père pour commencer) car en Suède aussi l’école est obligatoire jusqu’à seize ans. Un an plus tard, il monte avec deux copains une entreprise de maçonnerie, travaille jusqu’à treize heures par jour pour développer leur affaire, déjà physiquement plus solide que la moyenne. Il enchaîne ensuite avec le métier de vitrier au sein de l’entreprise montée par l’un de ses grands frères. À l’époque, on ne parle pas encore régulièrement de motocross dans la famille Carlqvist mais plutôt de hockey sur glace – l’un des sports les plus populaires du pays, avec le football, le ski et le tennis – qu’Hakan pratique assidûment… Montant jusqu’en deuxième division avec son équipe, il jouera au hockey jusqu’à l’âge de 22 ans puis choisira d’opter définitivement pour le motocross. Le frère aîné, Lennart, féru de motocross, est sans doute indirectement responsable de l’intérêt de son cadet pour cette discipline attirante et relativement nouvelle à l’orée des années 70. C’est en 1971, à l’âge de 17 ans, qu’Hakan achète donc sa première machine de cross, une KTM-Penton 125 au guidon de laquelle il remporte deux des trois premières courses auxquelles il s’est engagé, en catégorie Junior. Encouragé par ces bons résultats, il s’inscrit donc en Senior pour la saison 1972. À l’époque, les meilleurs pilotes du pays s’appellent Torleif Hansen, Uno Palm ou Hakan Andersson, lequel sera champion du monde 250 en 1973. Carlqvist, complètement inconnu, a du mal à se faire engager dans les courses Senior. C’est déjà mieux l’année suivante qui le verra même participer à la Coupe de l’Avenir (réservée aux moins de 21 ans) au sein de l’équipe de Suède, en Italie, son premier voyage à l’étranger. Pour la saison 74, il change de moto, passant de sa Maïco personnelle à une Ossa prêtée par l’importateur suédois, ce qui lui vaut de terminer vice-champion national derrière Andersson mais devant Hansen. Il débute aussi en Grand Prix. Il marque sept points en Allemagne en 250, soit un de plus qu’en 75, année gâchée par les blessures et les pépins mécaniques. Le métier rentre petit à petit mais en 76, il casse si souvent son Ossa qu’il finit par craquer : il achète une 500 Kawasaki à Hansen qui lui prête aussi une 250. Au guidon de la belle verte, Hakan, dont la réputation grandit dans le microcosme des Grands Prix de motocross et qui a hérité du surnom de « Carla », plus facile à prononcer, se paye lors d’une course internationale disputée en Belgique Joël Robert, Roger De Coster et Sylvain Geboers, trois immenses champions belges qu’il déboîte ce jour-là sans coup férir ! Cet exploit est suivi quelques semaines plus tard d’un tout premier podium en GP, en Suède, qui coïncide avec le couronnement du Finlandais Heikki Mikkola, premier crossman à être sacré à la fois en 250 et en 500…

100 % motocross à 22 ans

La saison 1977 marque une rupture dans l’existence d’Hakan Carlqvist : promu pilote officiel Husqvarna, il abandonne le hockey sur glace pour se consacrer à 100 % au motocross dont il décide de faire son métier. Mais une jambe cassée au GP de Belgique va lui gâcher cette première année de pilote d’usine. Il reste avec HVA pour 78 mais doit quasiment repartir de zéro. Sa compagne, Anneli, voyage avec lui durant tout le début de l’année, soutien précieux en cette période clé d’une carrière qui aurait pu s’achever dans l’anonymat. Mais Hakan remonte la pente, gagne sa première manche en Espagne, assure une très bonne fin de saison et termine finalement septième d’un championnat remporté par le Soviétique Moiseev devant Hansen, Maisch, Kavinov, Hudson et Everts, tous pilotes officiels. Carlqvist est prêt, il est mûr, et il va devenir irrésistible… En 1979, bénéficiant à nouveau d’un support technique officiel de la part de l’usine Husqvarna, il cannibalise la saison et gagne tout : l’Enduro du Touquet, le championnat de Suède et surtout le championnat du monde, remportant quatorze manches sur vingt-deux (le tout en 250). Une vraie razzia signée Carla (Attila ?), le nouveau Viking des Grands Prix. Sur sa lancée, le Suédois domine le Trophée des Nations qui a lieu en Suède et l’emporte avec une trentaine de secondes d’avance sur ses rivaux dans les deux manches. Il réalise ce cavalier seul sous les yeux des Japonais de chez Yamaha, MM. Tanaka et Sawada, respectivement responsable du service course et président de Yamaha Europe… Dans la foulée et dans l’intimité d’un hôtel de Stockholm, avec l’importateur suédois en guise d’intermédiaire, les deux hommes lui font une proposition pour la catégorie 500. Et malgré des offres de Suzuki, Honda, KTM et HVA, Carla opte pour la marque aux trois diapasons qui vient de perdre le Finlandais Mikkola, fraîchement retiré de la compétition.

Direction Yamaha en 500

En 1980, il débute donc dans cette catégorie reine qui semble taillée pour lui dont l’allure de boxeur poids lourd semble tout indiquée pour maîtriser ces machines à la puissance démesurée. Moustache comme fixée sur un visage ovale et pointu, sourire révélant des incisives « lapinesques » (et fausses après une chute remontant quelques années en arrière !), cuisses, épaules et bras de lutteur, Carla possède une force naturelle au-dessus de la moyenne qu’il cultive en s’entraînant très sérieusement durant l’hiver, alternant ski de fond et footing, séances de musculation et bien sûr entraînements moto qu’ils effectuent depuis son passage chez Yamaha aux Pays-Bas (le service course se trouve près d’Amsterdam) où il s’installe durant la saison de Grands Prix. Au guidon des 500 officielles, Carlqvist va vite s’imposer comme un pilier incontournable de la catégorie, s’illustrant par un pilotage pour le moins sauvage, ce qui a pour résultat de le secouer comme un pruneau sur sa machine, dont la suspension arrière Cantilever est dépassée par les systèmes monoamortisseurs de la concurrence. Il dira plus tard n’être jamais autant tombé que durant cette première année en 500 qu’il achève malgré tout à une excellente troisième place finale, derrière le duo Malherbe-Lackey… Pendant l’intersaison, les Japonais apprennent à mieux connaître leur pilote vedette : il commence par imposer un système monoshock installé sur une 250 dans un coin de l’atelier, au service course de l’usine au Japon, alors que les ingénieurs n’envisageaient de le mettre en place sur la 500 qu’un an plus tard. Hakan se fâche. Les Japonais s’exécutent et font le dos rond. Quelques mois plus tard, lors d’une course internationale sur le circuit de Sint-Anthonis aux Pays-Bas, on lui fait essayer une 500 à refroidissement liquide dont le radiateur est placé devant la fourche. Cet épisode va rester fameux et aura des conséquences quelques années plus tard, sans parler du traumatisme subi ce jour-là par les ingénieurs nippons… Le Suédois rentre à son camion après la course, s’arme d’une pelle destinée à creuser la traditionnelle petite rigole autour de l’auvent officiel pour éviter les infiltrations d’eau et creuse un trou assez profond pour y caler la roue arrière du prototype devant le staff interloqué afin, dixit, « d’enterrer cette merde à jamais » ! Jamais un pilote – à l’exception peut-être de Bob Hannah – n’avait encore parlé de cette façon aux Japonais. En conséquence de quoi, Yamaha n’équipera ses 500 d’usine du refroidissement liquide qu’en 1987, c’est-à-dire beaucoup trop tard par rapport à la concurrence…

Favori pour le titre

En 1981, on ne parle cependant pas encore de refroidissement liquide en 500. On peaufine plutôt les fameuses suspensions arrière à monoamortisseur dont la progressivité variable est un vrai progrès, permettant de faire mieux passer au sol la puissance démentielle de ces machines. Cette année-là, il n’est pas exagéré de dire que sans quelques ennuis mécaniques (boîte de vitesses cassée en Autriche, roue désintégrée en Italie, crevaison), Carla aurait pu empêcher l’usine Honda de s’offrir un magnifique doublé par l’entremise de Malherbe et Noyce car le pilote Yamaha ne termine qu’à treize points du Belge et à six unités de l’Anglais (qui furent respectivement champion en 1979 et en 1980, pour rappel)… Désormais le plus rapide du plateau sur un tour (c’est le roi des essais chronos), Carlqvist est maintenant considéré comme un favori dans la course au titre suprême, craint et respecté par ses adversaires. Malheureusement en 1982, il se casse l’avant-bras droit lors d’une course internationale, juste avant le premier Grand Prix. Si près de l’ouverture du championnat du monde, c’est foutu pour la course au numéro 1… Terriblement déçu, Carla s’en veut à mort et va ruminer cet échec durant toute la saison. Il se fracturera encore un doigt au GP d’Allemagne et devra de nouveau observer une longue période de convalescence, insupportable pour cet amateur d’espace et de grand air. Lors de la finale au Luxembourg, le jour d’un duel décisif opposant Lackey et Vromans, Hakan domine les deux manches haut la main. C’est une façon comme une autre d’annoncer la couleur pour l’année suivante. Car en 1983, tout est en place pour la consécration de Carla. La Yamaha est au point, ses roues, dont les rayons ont été renforcés, ne cassent plus, et la condition physique du Suédois est optimale. Mais Honda a sorti une terrible bombe de guerre : refroidissement liquide, freins à disques, embrayage hydraulique, c’est une débauche technologique qui frappe la concurrence de plein fouet (malgré la crise économique qui, à l’époque aussi, touche durement le milieu du motocross et contraindra l’usine Suzuki à se retirer en fin de saison). Au guidon de la belle Honda, on se demande si André Malherbe, Graham Noyce et Dave Thorpe ne vont pas se révéler inaccessibles… « Ouais, c’est vraiment l’année ou jamais pour Carla », se dit-on dans le parc coureurs. Le Suédois encaisse sans mot dire. Remonté à bloc. Concentré comme jamais. Au guidon de sa machine, il est plus impressionnant que jamais : le maillot d’officiel Yamaha bleu rayé de rouge et de blanc, dissimulant son buste taillé en V ainsi que le pare-pierres qu’il glisse en dessous, le tout complété par un casque Techno et un masque de lunettes Oakley, lui donnent des allures de Dark Vador des Grands Prix 500, produisant un effet terrifiant dont il joue peut-être pour faire douter ses adversaires. Pourtant Carla, aussi rustre et rugueux soit-il, ne sera jamais tenté par le côté obscur de la force et ne sera jamais mêlé à aucun accrochage avec un rival. Chez lui, la puissance se suffit à elle-même. Inutile d’en rajouter. Sa philosophie une fois en piste est simple : pour aller d’un point A à un point B, la ligne droite est le plus court chemin. Même si la trajectoire en question est un véritable champ de mines. Son pilotage est par conséquent reconnaissable entre mille et extrêmement spectaculaire.

 

83, l’année parfaite !

En 83, tous les ingrédients sont réunis pour qu’Hakan Carlqvist réalise son chef-d’œuvre. Deuxième travail d’Hercule après le titre mondial 250, la couronne de la catégorie 500 sera sienne après une saison extrêmement disputée qui se terminera en duel avec un seigneur de la 500, l’immense André Malherbe. Jusqu’au bout, le Belge se battra pour regagner une couronne perdue l’année précédente sur blessure. Ce sera comme un combat de boxe catégorie poids lourds qui finira par tourner en faveur du Suédois, peut-être plus déterminé encore que son adversaire, allant à quelques occasions au-delà de ses limites et de la souffrance pour parvenir à son but. Carla s’imposera même au Grand Prix des États-Unis à Carlsbad, battant Broc Glover et clouant le bec des Américains sur leur propre terrain… Le jour du sacre aux Pays-Bas, sur le circuit de Sint-Anthonis envahi par un public record et coloré de bleu et de jaune (les couleurs du drapeau suédois), la vague de supporters de Carlqvist – pas seulement suédois – déferle sur le site. Malgré un Malherbe résolu à tenter sa chance jusqu’au bout, Carla, sagement, maîtrise ses nerfs et assure les quelques points nécessaires pour être champion du monde. À l’arrivée de la deuxième manche remportée par Malherbe, ce dernier attend Carlqvist sur la ligne d’arrivée. Pour être le premier à serrer la main du nouveau roi de la 500. Et une heure plus tard, sur un podium sans champagne que les organisateurs ont oublié (!), Carla laisse échapper quelques larmes d’émotion pour la première fois de sa carrière. Cela doit faire cet effet-là lorsqu’on réalise que le but d’une vie est à présent atteint. Car la suite, même s’il brillera encore de temps à autre, ne sera plus qu’une lente descente depuis ce sommet sportif suprême. L’année 1984 est d’entrée gâchée par les blessures. Le fragile équilibre qui le maintenait au top niveau, peu à peu, se rompt. En 85 puis en 86, figée dans son immobilisme technique, la Yamaha n’est plus capable de gagner des courses face à des Honda ou des Kawasaki plus modernes. Les relations entre Carlqvist et les responsables de la marque aux diapasons se tendent et le clash, inévitable, survient donc fin 86, après sept années de vie commune. Carla achèvera sa carrière dans sa propre équipe, sur des Kawasaki. Son compteur s’est arrêté sur deux titres mondiaux et 21 victoires de GP (6 en 250 et 15 en 500). L’exploit de Namur 88 restera comme la signature finale d’un pilote dont la popularité ne s’est jamais démentie. Sa modestie et sa générosité au guidon lui ont valu cette incroyable cote d’amour auprès du public, séduit par cet homme authentique et humble (l’année de son sacre en 500, il roulait encore dans une Volvo de 78 rachetée à son père !), aimant la bonne chère et la fête… Ayant toujours adoré la France pour son public mais aussi pour ses paysages, son climat et sa gastronomie, il a fini par s’y installer. Il passait le plus clair de son temps avec Anneli dans leur petite résidence, quelque part dans le Var, gérant ses affaires au soleil et ne remontant en Suède que quelques semaines par an. Le gladiateur a définitivement déposé ses armes…

Par Claude de la Chapelle

 

Un dur parmi les durs

  • Grand Prix de France 83. Séance d’essais chronométrés à Iffendic, théâtre du GP de France. La poignée de gaz de la Yamaha Carlqvist reste bloquée dans une ligne droite. Sa machine emballée défonce une barrière (et la jambe d’un photographe au passage !), Hakan reste un moment KO, le souffle coupé. Tombé sur le coccyx, il souffre en fait d’un tassement de vertèbres (un disque est même sorti de son logement !) et de deux côtes fêlées (rien que ça). Quelques heures plus tard, après un abandon en première manche sur crevaison (il était en tête), Carla résiste au retour de Malherbe en 2e manche, se fait déborder mais revient à l’attaque, ne renonce pas et termine… à sept centièmes de seconde de son rival. Après l’arrivée, sous l’auvent Yamaha, Carlqvist n’arrive plus à respirer. Il est allé au bout de lui-même. Deux jours après cette course, il recevra une lettre d’excuses de la part des dirigeants de Yamaha, signée par tous les employés du service course. Et il sera champion du monde quelques semaines plus tard.
  • Début de saison 84. Quatre jours après le premier Grand Prix en Autriche, Carla chute à l’entraînement en Belgique, à basse vitesse. Verdict : un os fracturé près du pouce. À ce stade de la saison, il n’hésite pas et se fait opérer. Trois jours après l’intervention chirurgicale, il n’arrive pas à tenir une simple feuille de papier entre les doigts de sa main droite. Deux jours plus tard, il bouge tous les doigts et décide de s’aligner au départ de l’épreuve suivante, sur le fameux circuit de Payerne, en Suisse ! Serrant les dents, il file en tête de la première manche, creuse même l’écart mais doit baisser de rythme et laisser passer Malherbe, Jobé et Thorpe… En deuxième manche, ivre de douleur, il est contraint à l’abandon. Deux courses plus tard, au Grand Prix de France, il devra définitivement renoncer à défendre son titre après une nouvelle blessure à la main (il a heurté un piquet alors qu’il menait la course).

 

Quand Carla petait les plombs

  • Le vigile chez Yamaha Amsterdam

Une nuit, au retour d’un Grand Prix, Carlqvist reste en plan pendant dix minutes devant le portail de la filiale européenne de Yamaha au volant de son camion dans lequel il a l’habitude de dormir en rentrant des courses, près de l’atelier du service course. Lorsque le pauvre vigile revient de sa ronde, Carla lui dit en substance : « La prochaine fois que tu me fais poireauter comme ça, je te balance dans le canal à côté ! » Inutile de dire que les week-ends de course, le type ne quittait plus sa guérite…

  • Les bureaux de Yamaha Amsterdam

Les bas de portes et un mur du bureau des ingénieurs chez Yamaha Europe ont longtemps porté les stigmates du passage du Suédois. Et si les portes ont souvent pris des coups de latte consécutifs à ses colères, le mur, quant à lui, a reçu… un cylindre qu’Hakan avait balancé à la gueule des Japonais (lesquels ont été assez vifs pour éviter le projectile !).

  • Un jour à Namur

Carlqvist porte le casque Techno, encore à l’état de prototype. Mis au point par Royal Moto France et par Gérard Valat en particulier, ce dernier en assure le « service après-vente » sur les Grands Prix pour le Suédois. À Namur, après une manche au cours de laquelle Hakan a perdu la visière du Techno et s’est pris des projections de pierres « plein la gueule », il rentre à son camion le visage tuméfié comme celui d’un boxeur. Valat et Willy, son acolyte de chez RMF, prennent la sage décision… d’éviter d’aller voir leur pilote, préférant attendre que la température redescende sous l’auvent Yamaha…

  • Un jour en Italie

Victime d’un abandon de plus à cause d’une roue dont les rayons ont rendu l’âme, Carla reste une demi-heure à broyer du noir en solitaire sur une colline avant de revenir au camion de son équipe.

  • Beaucaire 87

Quelques secondes avant le baisser de grille de la 3e manche de ce célèbre motocross international, une vitesse de la Kawasaki de Carlqvist s’enclenche toute seule et le Suédois passe par-dessus ladite grille. Eric Geboers, en spectateur privilégié, ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Mais quand il voit le colosse suédois, relevé sans trop de mal (il ne prendra cependant pas le départ), se retourner vers lui l’air furieux, Geboers comprend tout de suite son erreur et s’écrie : « Non, non, c’est pas moi ! J’y suis pour rien ! » Terrorisé par Vador, Eric, cette fois-là, s’est fait tout petit…

45 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. RIP Mister Hakan, j’ai rêvé d’être un pilote de votre trempe, si vous croisez la-haut mon fils Florian parti trop tôt racontez lui votre dernier grand Prix à Namur..Good travel big man

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  2. un jour a castelnau
    2 gamins franck et nico l’attendent a son camion pour avoir un autographe
    en arrivant carla enervé casse la table de camping en posant son casque
    il avait encore cassé une roue arriere
    il a changé son pneu arriere pour se détendre,et nous pas assez fou pour reclamer notre autographe
    Nico

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    1. Bonsoir m.cobo Olivier
      Moi aussi grand admirateur de m. Carlquist, malherbe ,JMB, bailey ….etc
      Ce dimanche 9/7 à jancigny 21310 …..ma 500 cr lui rendra hommage …
      A dimanche peut-être
      Thierry gerard

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  3. Grand prix d’Allemagne 1982 , avec Pascale et Olivier ,nous sommes là 3 jours avant le grand prix.
    Ma 4L , notre canadienne et 2 camions Mercedes l’un Yamaha , l’autre noir avec avec comme pilote un gamin de 18 ans nommé Thorpe sur Kawa.
    Personne d’autre et Carla qui lave ses pantalons a coté de nous.
    Incapable d’aller le saluer , trop impressionnant,trop fort ! (je regrette maintenant ).

    Merci à toi

    Gilles

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  4. Pour ma part, je me souviens le gp de brou en 84 ou carla revenait de blessure, et dans un interwiev, il déclarait, je dois gagner ici pour mon retour, pour le public français et ce jour là à la reception d’un saut, il raccroche une barriére et doit en rester là dés les essais ou dailleurs il bataillait pour la pole avec les meilleurs de la discipline….Un grand homme ce Carla repose en paix….

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  5. Carla était mon idole dans mes années de
    Compétition
    J ai toujours le casque Techno le maillot
    Officiel Yamaha et son livre sur le pilotage….
    Je suis vraiment triste un Grand
    Monsieur du motocross est parti

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  6. RIP Bûcheron Suédois…
    J’étais dans cette ligne droite à Iffendic et je m’en souviens encore…, ainsi que les belles courses Inter qu’il venait faire à Ernee avec beaucoup de complicité envers le public et Mr Demy.
    GW Team Cross 35…..

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  7. Rip mr hakan.
    Quel pilote, quel tempérament, quelle détermination. Un très grand monsieur dans le monde du motocross. Une légende à jamais gravée dans nos mémoires.
    Merci pour cette rétrospective de sa carrière!!!

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  8. GP de Suisse 1984
    Dans mon village où se trouve le circuit de Payerne,tous les mordus de cross se souviennent de l’icroyable exploit de Carla en première manche devant Malherbe et Thorpe avec un doigt cassé.
    Le public criait les bras levés pour encourager le Viking .
    Merci Mr.Carlqvist pour ces moments magiques.

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  9. Je me rappelle de lui en 1984 à Sainte-Cécile-les-Vignes où je courais pour le gauloise Yamaha il roulait avec sa 500 c’était pris une glissade si je me rappelle bien trop fort se Carla , c’est trop triste 😓

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  10. L’image de Carla , c’est automatiquement la minute qu’il a mis à tous ces furieux des GP 500 à Payerne sur à peine 2 tours !!!…Carla est rentré au parc mais pourquoi ? Il a le pouce droit cassé , alors forcement …
    Respect éternel pour ce géant.

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  11. Très bel article, très bien écrit aussi, ce qui fait honneur à « Carla », ce grand homme…. Je l’avait vu quand il était venu à Tahiti avec Graham Noyce, un souvenir impérissable! Mon cousin qui a eu la chance de courir avec (contre) lui s’en souviendra toujours.

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  12. Très beau résumé de ce qu’était Carlqvist. Un grand champion du motocross. Pour l’avoir croisé chez un concessionnaire Yamaha français, il imposait du respect. J’adorais ces tenues, ces 490 Yamaha usines, son pilotage …

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  13. Terrible coïncidence : hier je gagne avec mon fils et un copain une endurance 24h moto rétro . Dans le dernier tour , je fais le coup de la bière de « Carla  » et j’apprends ce matin qu’il est décédé !!! J’en ai chialé . Tous ceux qui comme moi , ont eut la chance de le voir rouler ou d’être à Namur ce fameux jour n’oublieront jamais ce grand bonhomme si attachant et si entier . Adieu colosse , je suis sûr que même là haut tu mettras encore du gros Gaaaaaz

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  14. j ‘ étais à iffendic en 83 , à brou en 84 , j ‘ avais acheté et lu son bouquin dans tous les sens, ce mec était vraiment à part ( un peu comme magoo ) un monument des eighties qui paraissait immortel !
    too bad ….

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    1. C’est sur que quand on compare les saillies de Carla avec les discours embrouillés du genre dernières vidéo de Romain Febvre ,on se dit que le monde à bien changé …

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  15. Je garderais le souvenir d’un pilote dur comme un rock, très attachant, généreux avec son public, mais surtout très humble.
    C’est toute une histoire du moto cross qui se tourne, tu nous a quitté mais tu resteras toujours une légende pour nous.
    Carla, je te salut !!!

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  16. Quelques images dans mon souvenir,mais la plus belle, c’était sa façon de martyriser la poignée droite de sa Yamaha 490 frappée du n°8.Un très grand et profond respect pour vous Mr Carlqvist. Une page de mon livre de souvenir tout terrain viens de s’envoler. je suis persuadé que vous êtes parti vers le Valhalla!!!!!

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  17. Mon idole… je souviens de l’anecdote suivante, où devant les responsables japonais de Yamaha, lors d’une séance d’essai de sa nouvelle 500, il prit une pelle et commença à creuser un trou. Quand les japonais lui demandèrent ce qu’il faisait, il répondit en substance « j’enterre cette merde ! »
    Quelle tristesse que la perte de ce géant.

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  18. J’ai eu la chance de voir rouler ce monument du motocross ! Comment il savait lui mettre du gaz à cette 500! Respect ! Reposes en paix Monsieur(avec un grand M ) Hakan Carlqvist . R.I.P

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  19. Un tout tout grand merci pour ce magnifique article et même si aujourd’hui à 51 ans je me déplace encore sur plusieurs gp ,cela n’a plus rien à voir avec cette période que l’on peut qualifiée de dorée pour ce sport.

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  20. espérons un hommage à la hauteur de l ‘émotion que suscite la disparition de cet immense champion
    à l ‘ occasion du prochain gp à locket , ce serait vraiment sympa de voire les pilotes yam rouler avec des tenues’ carla replica ‘ par exemple !

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  21. RIP Carla
    Souvenirs si nombreux d’ une époque ou on suivait les GP a Payerne , Namur , Brou , Ettelbruck , Thouars, etc… trop d’images gravées a jamais dont celle du grand qui jette sa Yam dans l’ornière .
    Triste de le voir partir , il va surement s’ arrêter boire une bière en chemin… ;- )
    Effectivement belle idée et bel hommage si les officiel Yam roulaient avec une tenue Hakan réplica

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  22. Quelle tristesse, pas lui ce géant, qui tordait la poignée de gaz de la 490 yz. Que de souvenirs sur les
    grands prix, les machines d’usines. Iffendic la parade des pilotes qui saluaient le public avant le départ,
    Malherbe , Jobé , Thorpe, Bruno, Carla et les autres.
    Salut Monsieur Carla, Jobé est déjà en pré grille .
    Bon voyage !!!!!

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  23. Bouh ! Très triste,je viens de l’apprendre… Oui,Iffendic en 83,Le touquet en 84,Thouars en 85″j’allais avoir 20 ans »,Chateau du Loir en 86,les 24h de Bretagne en 88 sur la kawa… Je vais aller voir mon vieux »techno »à ses couleurs,qui prend la poussière sur un meuble,il doit verser une larme…

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