Interview : la FIM répond à KTM



Jean-Guillaume Meiller est président de la commission enduro au sein de la fédération internationale de motocyclisme (FIM). Donc en première ligne concernant la décision de KTM de stopper l’enduro mondial en fin de saison si certaines modifications n’étaient pas apportées rapidement à l’EGP. Il a bien voulu répondre à nos questions.

La semaine dernière on dévoilait que KTM prévoyait de se retirer de l’EnduroGP si certaines choses n’étaient pas actées rapidement par la Fédération Internationale de Motocyclisme. Après une réaction du promoteur de l’EGP, Alain Blanchard, nous livrons ici une interview avec « Monsieur Enduro » au sein de la FIM, Jean-Guillaume Meiller.

Moto Verte : KTM annonce vouloir se retirer en fin de saison de l’enduro mondial. Vous n’avez pas assez accédé à leurs demandes, c’est ça ?

Jean-Guillaume Meiller : « Non, c’est peut-être ce qu’ils veulent faire croire. Il y a peut-être d’autres tenants chez eux qu’on ne connaît pas. KTM a beaucoup investi dans le motocross puis dans le MotoGP, alors ils doivent peut-être réduire leur budget par ailleurs. Ils nous demandent aussi beaucoup d’images. Des courses spectaculaires, ce que n’est pas l’enduro. Je résume : ils veulent des courses Red Bull ! Ils sont partenaires depuis de nombreuses années. Nous de notre côté on veut rester sur des bases enduro. Mais depuis deux ans on les a pas mal écouté, puisqu’ils sont donneurs d’ordre, une marque qui amène pas mal d’argent dans l’enduro. On a fait l’EGP et l’E2 pour répondre à leurs besoins. On a fait une course hivernale, ainsi qu’un GNCC. Sans pour autant aller faire de l’extrême tel qu’ils le souhaitaient. Ni du superenduro. »

Et aujourd’hui ça semble ne pas suffire. Est-ce une forme de pression de la part de KTM qui parle encore de délai ?

« Oui, il y a certainement une forme de pression quelque part. On est pas vraiment étonné, ça fait trois semaines qu’on savait ce qui se tramait. On a eu une réunion informelle à Hawkstone Park lors du GP d’Angleterre avec tous les constructeurs et les gens de chez KTM présents ont signé le papier qui présentait les nouvelles propositions que l’on a faites avec le promoteur de l’EGP. Donc, on reste un peu dans le flou, s’ils souhaitent vraiment partir ou pas. »

Que ce soit clair, vous confirmez que la FIM tient à conserver un règlement qui reste proche de l’esprit enduro qui perdure depuis des décennies ?

« Oui. On est peut-être des vieux dinosaures mais il y a des bases pour l’enduro qui doivent rester les mêmes. On veut garder ce type d’épreuves et pourquoi pas en ajouter des nouvelles comme on l’a fait cette année avec la Païjanee Lake, le cross-country en Angleterre et l’an prochain une semi-extrême comme The Wall en Italie. Mais on ne veut pas aller jusqu’à intégrer la Romaniacs ou Le Touquet dans le mondial. On se retrouverait avec 10 pilotes et on n’en veut pas. Nous, la commission enduro, on ne le veut pas. »

On voit que depuis deux ans et toutes les modifications déjà apportées au mondial, la fréquentation a baissé, il y a moins de pilotes. Avez-vous l’impression d’avoir progressé ou régressé à vouloir absolument modifier l’enduro ?

« Non, faut être honnête, on n’a pas progressé puisqu’on a moins de pilotes. C’est pour ça qu’on a dit dès l’an dernier qu’on reviendrait en arrière si ça ne marchait pas avec les deux catégories. Et c’est ce qu’on va faire ! On a écouté l’industrie et tout ne marche pas dans ce qu’ils veulent. C’est compliqué parce qu’entre eux ils n’ont pas les mêmes points de vue. Entre Beta et KTM c’est différent. Les japonais comme Yamaha aussi. Yamaha n’a pas de deux-temps donc ils ne veulent que deux catégories. Mais Beta ou TM s’y opposent et on les comprend. Il faut pouvoir écouter tout le monde et c’est très compliqué de satisfaire tout le monde. Une autre phénomène à noter, c’est que depuis 4 ou 5 ans le niveau des top pilotes a beaucoup progressé et derrière c’est dur pour se faire une place. Certains pilotes préfèrent rester chez eux ou aller en championnat d’Europe. On a donc pensé intégrer le championnat d’Europe au championnat mondial. Juste sur les 4 épreuves qu’ils organisent. Mais avec plusieurs garanties : le championnat d’Europe gardait ses catégories, ses classements, ses licences et ses engagements, ils gardaient tout. On voulait juste joindre les 150 pilotes de l’Europe aux 50 pilotes du mondial pour que l’organisateur s’y retrouve. Faire un plateau plus complet pour le public aussi. Mais politiquement, pour le moment on n’y arrive pas. Ça coince entre la FIM et la FIM Europe qui ne souhaite pas donner suite à notre demande. »

KTM vous laisse quelques jours avant d’annoncer sa décision définitive. Comment allez-vous réagir suivant leur décision ?

« Que KTM soit là ou pas, il faut qu’on avance. On va attendre leur réaction suite aux propositions qu’on leur a faites en Angleterre. De toute façon ils nous ont dit qu’ils viendraient quand même en enduro. Pas sur toutes les épreuves mais sur certaines… De notre côté on a précisé qu’on mettrait des jokers pour les Juniors et les Youth afin qu’ils ne soient pas obligés de faire certaines épreuves éloignées ou chères comme la Finlande qui oblige à avoir des pneus clous par exemple. Et puis comme je l’ai dit, il se pourrait qu’on revienne à trois catégories plus le scratch… »

Comme en 2016 ?

« Oui, c’est ça. Je pense que les petits constructeurs ont besoin d’avoir des titres et qu’il faut les écouter. Ça pourrait être une solution pour retrouver des pilotes. »

Avec ou sans KTM il y aura un championnat du monde d’enduro l’an prochain ?

« Il y aura un championnat du monde d’enduro l’an prochain. Avec ou sans KTM. La FIM ne peut pas être pilotée par une marque. Si KTM est aussi gros aujourd’hui, c’est en partie grâce à l’enduro. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient. »

Propos recueillis par Jean-Marie Pouget

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